Accueil Date de création : 30/12/07 Dernière mise à jour : 11/11/08 15:47 / 25 articles publiés
 

Le royaume  (Cinéma) posté le vendredi 04 janvier 2008 16:20

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S’il avait fallu attendre plus d’une décennie pour voir des films éminemment réflexif et pertinents sur le conflit viet-namien, les années 2000 semblent générer un temps de maturation beaucoup plus court. Décennie de la vitesse accélérée où tout concourt à donner un rythme frénétique à l’existence  - déplacements, consommation, téléchargements, tout est plus rapide. Il n’est qu’à voir les films prenant pour sujet les deux conflits en Irak qui se succèdent régulièrement. Dernièrement, le rythme s’est notablement accéléré et la fin d’année 2007 a vu débuter une déferlante qui va se poursuivre jusqu’au mois de février. « Lions et agneaux », « Dans la vallée d’Elah », Battle of Haditha », « Redacted », une vague qui débute avec l'exceptionnel film de Peter Berg « Le royaume ».

Et quand je dis exceptionnel, je pèse mes mots car venant du réal de « Very bad things », un film dont l'action se déroule en Arabie Saoudite ne pouvait présager d’une telle intelligence. Un traitement sans nul doute du à Michael Mann intervenant ici à titre de producteur. Au-delà de la légitimité qu’apporte un tel nom, l’influence du maître à filmer est palpable.

 
Donc l'histoire voit une équipe d'agents du FBI emmené par Jamie Foxx enquêter sur un attentat ayant tués nombres de ressortissants américains sur le sol saoudien. Dont deux agents. Et pour cela ils doivent se rendre sur place, ce qui vu les relations entre les deux pays n'est pas gagné d'avance.
Si "le royaume" semble aussi porté sur la bipolarité de relations pour le moins ambiguës entre les états-unis et l'arabie saoudite c'est qu'il est le reflet d'une vision manichéenne véhiculée et acceptée par nombre d'américains, quand bien même, de rapports en révélations,la situation réelle est plus complexe.
Ce film dé-réalise le fantasme ultime des faucons de Bush Jr qui tentent de nous vendre un choc des civilisations qui n'a pas lieu d'être.

Déjà, le générique est un véritable concentré clair et précis de la situation géopolitique unissant ces deux pays. Ensuite, l'attentat en question est proprement ahurissant de réalisme. Au bout de 5 minutes de film, vous êtes déjà sur le cul. La réalisation, le montage, l'intensité et la violence font de ces premières séquences des modèles du genre.
Parce que les relations diplomatiques sont au point-mort, et du fait de cet attentat aussi meurtrier qu'impressionnant  un climat de tension permanente règne. Et avant de jouer "les experts" en vadrouille au proche-orient, nos agents vont devoir composer avec des us et coutumes pour le moins restrictives. Et gagner la confiance de leur homologue saoudien, qui avoue ne rêver que de tuer les responsables. Un peu réac' non pour quelqu’un qui apparaît comme un "libertaire frustré" par le système militaire.
L’une des grandes forces du film est donc d’utiliser nombre de poncifs du genre pour mieux les exploser par la suite. Des personnages archétypaux qui semblent véhiculer de prime abord une pensée et une vision colonialiste du monde particulièrement nauséabonde.
Film d'une intelligence rare qui n'appuie pas lourdement sur les ressentiments et la tristesse légitimes de certains des protagonistes, et qui en présentent d'autres sous des côtés finalement plus sombres que prévus.
De même l'aspect émotionnel lié au drame personnel vécu par le personnage de Jennifer Garner est là aussi traité de manière extrêmement intelligente puisque jamais le film ne verse dans le pathos à outrance (avec gros plan sur les larmes coulant le long du visage et tutti quanti).

 Si l’action est loin d’être frénétique (on est pas en présence d’un actioner de base non plus) ce n’est pas pour autant que l'on s'ennuie. Tout l’intérêt réside dans les tractations diplomatiques et le travail d'enquête qui tendent vers un final absolument détonnant. 30 dernières minutes remarquables, une plongée directe en pleine guérilla urbaine où  la topographie  menaçante des lieux et les tireurs embusqués rendent la situation encore plus anxiogène. Un must de tension paroxystique.
« le Royaume » montre à quel point chacun est convaincu que l’autre ne rêve que de le détruire.
Pourtant, la fraternisation est possible comme le démontre Fleury et son homologue saoudien. Malheureusement, cet espoir sera bien vite liquidé (au sens figuré comme au sens propre !), dans un final aussi spectaculaire qu'anxiogène. Le plus déchirant étant que l’anéantissement de tout espoir viendra de la main d’une fillette.
On peut difficilement taxer ce film d’être pro-Bush. Par contre il saisit une posture post-11 septembre moins altruiste et tenant maintenant plus de la résignation. L’affrontement est inévitable.
La reproduction des mêmes schémas de pensée engendre une violence toujours plus exacerbée.

Mais ce qui fait, à mon humble avis,  de ce film un classique presque instantané est sa fin montrant que malgré toute la meilleure volonté du monde, il demeure un mur d'incompréhension culturel qui engendre une violence aveugle ou fanatique. Différentes causes, mêmes maux.
"on les tuera tous." ? Ok, mais après ? Sacrée impasse idéologique, s’il en est.

 

Nicolas ZUGASTI 

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