A trois semaines d’intervalles, deux grands chocs cinématographiques animent cette fin d’année. A priori, « Halloween 2007 » et « Le Royaume » n’ont pas grand-chose en commun. Pour ne pas dire rien.
Mais à bien y regarder, ils proposent tous deux une vision assez désabusée de l’Amérique contemporaine. Et par extension des sociétés occidentales.
Au grand dam des fans hardcore (pour ne pas dire puristes extrémistes), Rob Zombie s’est attaqué à l’un des chefs-d’œuvre de John Carpenter, Halloween, film qui a véritablement lancé une carrière jusque là bancale. Et il a réussi ce pari insensé, se réappropriant le mythe pour en donner sa vision mélancolique
Développant ce que Big John avait expédié en une dizaine de minutes, il s’ingénie à montrer les conséquences terribles sur un être perturbé de l’échec de la famille, de l’école, de l’Etat à prendre en compte la souffrance de l’autre.
Toute la partie préquelle s’articule autour du détachement, de l’isolement de plus en plus profond de Myers. Ne s’exprimant plus que par des accès de rage et de violence brute là où chez Carpenter il n’était qu’une forme qui hantait tout le métrage, véritable manifestation presque ectoplasmique de l’essence même du mal.
Le mal, Mike Myers a conscience qu’il en a fait même s’il tente de le nier. Et c’est la différence fondamentale. Car même si la deuxième partie se confronte directement au film original, il le reproduit et l’évacue en 40 minutes, se focalisant sur un être immense (au sens propre comme figuré) accueillant le mal comme seul moyen d’expression d’une souffrance extrême.
Et comme dans son précédent film « The devil’s rejects », Rob Zombie parvient à créer de la compassion pour un personnage commettant des meurtres d’une violence inouïe.
Déjà passablement égratigné par les ligues de vertus ou des critiques puritaines choquées par les 2 premiers longs de Zombie, celui-ci enfonce un peu plus le clou et poursuit une thématique, certes délétère, que chaque monstre figure notre incapacité à comprendre et accepter toute forme de déviance.
Au-delà de toute complaisance envers le mal, Rob Zombie est véritablement intrigué par l’impossibilité de l’Amérique (des seventies ou contemporaine) à aimer l’Autre.
Cette impasse affective, les protagonistes de « The Kingdom » vont y être salement confrontés.
L’équipe réduite du FBI dirigée par l’agent Fleury (Jamie Foxx) part enquêter sur un attentat perpétré en Arabie Saoudite. Mais avant de pouvoir s’y atteler, il va falloir composer avec des us et coutumes pour le moins restrictives. Gagner la confiance de l’autre, montrer une estime réciproque et sincère s’avéreront capital. Etreignant tous les stéréotypes ayant habituellement cours dans ce genre de productions pour mieux les subvertir, Peter Berg (aidé de l’immense Michael Mann à la prod) réalise un incroyable traité sur les relations entre orient et occident actuellement au point mort. Petit bijou de tension, d’action et d’intelligence dans la caractérisation, « le Royaume » montre à quel point chacun est convaincu que l’autre ne rêve que de le détruire.
Pourtant, la fraternisation est possible comme le démontre Fleury et son homologue saoudien. Malheureusement, cet espoir sera bien vite liquidé (au sens figuré comme au sens propre !), dans un final absolument éblouissant de maîtrise de l’espace comme des enjeux. Le plus déchirant étant que l’anéantissement de tout espoir viendra de la main d’une fillette.
On peut difficilement taxer ce film d’être pro-Bush.
Par contre il saisit une posture post-11 septembre moins altruiste
et relevant maintenant plus de la résignation.
L’affrontement est inévitable.
La reproduction des mêmes schémas de pensée
engendre une violence toujours plus exacerbée.
Ces deux films magistraux apportent une vision de l’Amérique devenue dépressive, déprimée dont l’échec à cerner l’Autre l’entraîne sur une voie plus sombre, vers un isolement certain.
Elle se retrouve démunie face aux monstres qu’elle a contribué à engendrer par son refus d’aimer l’Autre et son incapacité à le comprendre (et inversement).
Alors, comme dans le dernier plan de « Halloween », l’Amérique est-elle condamnée à pleurer et crier sans fin ?
Nicolas ZUGASTI
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