Le voisin d'à côté is back et même en super forme ! Etonnamment, maître Rafik nous revient mais sans s' exprimer sur Speed Racer. Sans doute prépare t'il un article de 15 pages.
En l'attendant avec impatience, voici le mien (beaucoup plus court, je le confesse).à la fois pour saluer le génie des Wachowski, fêter le retour de Rafik (depuis quelques jours déjà, je sais mais je rentre juste de vacances !) et lui apporter mon soutien inconditionnel ainsi qu'à Totoro et tous ceux qui se sont fait "kickbannisé" du forum de Mad Movies. La fin d'une époque....
Alors que dans son ensemble les studios hollywoodiens misent sur une rentabilité immédiate soit en débitant des remakes au mètre ou des films reposant entièrement sur leur concept et/ou leurs stars, la Warner prend tous les risques en osant proposer des œuvres spectaculaires en terme de mise en scène comme visuellement et thématiquement. Et qui ne rencontrent pas leur public, comme l’atteste le nombre d’entrée des remarquables La légende de Beowulf et Invasion. A croire que les spectateurs se méfient dès lors qu’un blockbuster barbare ou une fable science-fictionnelle leur demandent de garder leurs neurones connectés. Un degré d’exigence qui est la marque de fabrique de Andy et Larry Wachowski et qui, pour les connaisseurs, est la promesse d’un cinéma total.
Réception critique
Apparemment, la plupart des spectateurs comme les
critiques ne sont pas prêts à apprécier
à leur juste valeur la générosité de
ses deux réalisateurs d’exceptions. C’est peu
dire que leur dernier né, SPEED RACER,
divise. Les détracteurs se montrant virulents et agressifs
dans leurs réactions, quand ils ne sont pas carrément
à côté de la plaque.
Que l’on aime ou pas SPEED RACER, il ne
laisse pas indifférent. Il est pourtant étonnant de
voir un certain mépris affiché par la presse dite
spécialisée (peu ou pas d’infos avant le mois
de juin), encore plus lorsqu’il émane du magazine
référence pour une grande partie des
cinéphiles, Mad Movies. Je n’invente rien, ils
s’enorgueillissent d’ailleurs sur leur site de
n’avoir absolument rien à faire du film !? Ils
justifient ce dédain (il n’y a pas d’autre
terme) par le recentrage de la revue sur l’horreur pure.
C’est sûr que préférer une preview sur
X-Files 2 cela correspond parfaitement à
cette ligne éditoriale ! Preview où, soi dit en
passant, ils font 3 pages sur de simples spéculations
puisqu'aucune info n'a filtrée, soit littéralement du
vent
Il faut plutôt y voir un règlement de compte avec
l’équipe ayant sévi entre 2000-2003 et
emmené par les Rafik Djoumi, Yannick Dahan, Arnaud Bordas et
compagnie pour qui se posaient simplement la question de savoir si
le film était suffisamment intéressant
esthétiquement et thématiquement (qu’il soit
apprécié ou non) pour en parler. Du gros blockbuster
qui tache à la bonne petite série B en passant par
les perles occultées par les autres à cause de leur
non potentiel commercial. Une autre époque
donc…
Mais arrêtons là le procès du
« nouveau » Mad.
DYNAMIC DUO
Un mælstrom de couleurs, de sensations et
d’images, aussi beau que puéril et futile. Une
définition aussi réductrice que fausse que nombres de
critiques et d’internautes ont tôt fait d’accoler
à Speed Racer, nouveau film des frères Wachowski.
Sous couvert de proposer un spectacle en technicolor pour gamins
attardés, les deux esthètes aussi géniaux
qu’incompris livrent sans doute ici leur film le plus
personnel. Une approche humble et sincère où les
images demeurent plus que jamais le vecteur essentiel des
émotions.
5 ans après avoir conclu leur incroyable fresque
philosophico-kung-fuesque, les Wachowski reviennent donc à
la réalisation en adaptant un dessin-animé japonais
dont ils sont fans et ayant bercé l’enfance de
générations entières
d’américains, "Mahha Gô Gô Gô" de
Tatsuo Yoshida et traduit par Speed Racer. Après
s’être lâchés avec la monumentale saga
Matrix, dont le dernier épisode consacra un
peu plus l’hermétisme (apparent seulement) de leur
cinéma à ceux qui ne veulent pas voir, les frangins
veulent se recentrer vers une œuvre plus accessible et grand
public. Un mixage de comédie familiale et de critique du
sport spectacle qui s'avère beaucoup plus ambitieux
formellement et thématiquement.
Malgré le scepticisme à l'égard de leurs oeuvres antérieures et plutôt que d'opter pour la facilité, les Wachowski osent un film particulièrement barré et pour certains carrément psychotronique. Fidèles à leur conception du médium, ils reproduisent à l'écran un décorum fortement connoté sixties en concordance avec le dessin-animé d'origine. Une cohésion artistique renforcée par des références d'époque, mobiliers, James Bond, Conan le barbare, la série Batman (la séquence de baston dans les montagnes où ne manquait que la visualisation des onomatopées !) mais aussi Dick Tracy avec cette collection de trognes pas possibles des bad-guy. Quand à la dynamique d'ensemble, ils ont été fortement influencés par Miyasaki et notamment par son Château de Cagliostro et les jeux vidéos. Enfin, au petit jeu des citations, on pourra reconnaître des emprunts à Akira et le réalisateur de japanime Kawaijiri ou à l'art contemporain et abstrait. Mais comme Tarantino ou les coen, leur cinéma ne peut se résumer et se réduire à un assemblage hétéroclite, puisque chez tous ses auteurs l'important est de se réapproprier ces influences afin de nourrir leur propre travail, les redéfinissant pour construire un univers cohérent et en adéquation avec leur propos. Et dont Speed racer est une parfaite illustration.
L'art de l'enfance
Tandis que l'on pouvait légitimement
craindre une trop forte distanciation (Pouah, on dirait Spy
kids sous LSD !), ils réussissent une fois encore
le pari incroyable d'une immersion complète grâce
à leur seule mise en scène. Le premier quart d'heure
est à ce titre un pur régal et un modèle du
genre. Une introduction que bon nombre de réalisateurs
souhaiteraient reproduire en guise de climax final ! Un
véritable sommet de concision et de précision dans
l'univers dépeint comme la présentation des
personnages et des enjeux à venir. Alternant les flash-backs
et le présent sans coupes, les transitions étant
effectuées par le biais des personnages ou d'une
caméra en mouvement, donnant à ses allers-retours
temporels une linéarité exemplaire. Une
homogénéité que l'on ne retrouve que dans les
anime et permise par l'emploi du numérique.
Les Wachos accélèrent même le rythme dès
la course de bolides, la sarabande folle du présent sur les
talons d'images du passé. Speed lui-même chassant le
record de vitesse du tour de son frère disparu
jusqu'à poursuivre son fantôme. Tout simplement
grandiose.
Et quand Hollywood multiplie les dialogues explicatifs, les deux
réalisateurs préfèrent laisser parler les
images, nous rappelant que le cinéma est un art du muet,
utilisant toutes les possibilités offertes par le
numérique (ralentis extrêmes, inserts, travellings
avant/arrières, etc) pour une lisibilité absolue des
enjeux dans l'action.
Ils poursuivent même la réflexion, entamée avec
Matrix, sur l’imbrication des
différents degrés de réalité, leur
perméabilité et leur capacité à
englober personnages comme spectateurs, à un degré
supérieur.
Ainsi, tout porte à croire au début que nous sommes
dans une fiction aux décors contemporains bien que
marqués par des couleurs éclatantes (la salle de
cours et le bureau de la conseillère). Mais dès la
sortie en trombe de Speed, c'est le choc. Les couleurs
chamarrées ne sont pas exclusives des décors
intérieurs, la fiction dans son entier y est assujettie. Les
Wachowski font plus qu'adapter un dessin-animé culte, ils
composent un univers totalement soumis aux fantasmes du
gamin.
Lorsque le jeune Speed s'imagine au volant d'un
bolide dessiné par la main d'un enfant, c'est la fiction
entière qui sera soumise à son rêve
éveillé, comme remarquablement traduit à
l'écran par les effets parallaxes du décor (des
lignes parallèles donnant l'impression de converger), la
figuration des lignes de vitesse (marque de fabrique des mangas et
autres O.A.V), des circuits automobiles au tracé et au
désign délirants ou les aplats de couleurs
primaires.
A noter qu'en psychologie, la parallaxe est une modification de la
subjectivité, la différence de perception d'une
même réalité, ce qui appuie un peu plus
la démonstration selon laquelle les intentions des frangins
sont sans cesse tributaires et illustrées par les effets de
mise en scène.
D'emblée, les Wachos annoncent la couleur, le film sera
entièrement marqué par le sceau d'une vision
naïve (et non pas niaise) du cinéma et
complètement voué à la recherche d'un
émerveillement et d'un plaisir enfantin. Pas de
régression mais bien un retour à des sensations
primordiales, dénuées de tout cynisme. Une belle
réponse aux détracteurs leur opposant le manque
d'affect de leurs réalisations. Soulignons que la
scène où le frère cadet de Speed, Sprittle, et
son chimpanzé Chimp-Chimp foutent le boxon dans l'usine
Royalton après avoir ingurgité trop de friandises
peut, doit, se lire comme l'expression fantasmatique du
désir de Speed de tout envoyer bouler après que
Royalton lui ai révélé les dessous pervers du
sport-business. Une impression encore une fois renforcée par
la seule mise en scène puisque les déambulations
hystériques du duo sont à chaque fois amorcée
par un gros plan du visage de Speed.
Sans oublier que la maîtrise des cadres ne serait rien
sans une direction d'acteur remarquable (ils sont tous parfaits),
le soin apporté à des dialogues sonnant juste et la
musique de Michael Giacchino retrouvant la perfection de son score
pour Les indestructibles.
Sinon, les Wachowski ne font que filmer des bagnoles hot-wheels
dans un environnement infographique digne du jeu F-zéro,
ça crève les yeux !
Un film super plat.
Du spectacle pour gosses, Speed racer n'en
possède que l'apparente simplicité, n'hésitant
pas à aborder les arcanes de la finance (on parle d'OPA, de
rachat de titres, de spéculation...) et où Racer X le
justicier des circuits travaille en étroite collaboration
avec la commission de surveillance, proposant de lutter non
plus physiquement mais en traînant les responsables devant la
justice (!). Le défilement des valeurs boursières
tenant lieu de nouveau code matriciel pour Royalton, assumant
complètement son attachement à la marchandisation
généralisée. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard
si les tenants du nèo-libéralisme se contentent de
regarder l'action devant un écran plutôt que d'y
participer. Les Wachowski opposant visuellement et
philosophiquement deux conceptions antagonistes. La mère de
Speed "Ce que tu fais avec ta voiture, c'est de
l'art" et Racer X : “It doesn't matter if racing
never changes. What
matters is if we let racing change us. Every one of us has to find
a reason to do this. You don't climb into a T-180 to be a
driver. You do it
because you're driven » exprimant la profession de foi des
réalisateurs envers le cinéma et que Speed
matérialisera dans la dernière séquence.
Pas mal pour un spectacle pour attardé mental ou gamins de 3
ans. Et les prouesses techniques, le car-fu et les quelques
concessions (qui n'en sont pas vraiment d'ailleurs, voir paragraphe
précédent !) faites pour élargir leur audience
(les scènes de comédies burlesques, les persos du
chimpanzé et de Sprittle) ne peuvent supplanter leur
ambition esthétique première de donner l'impression
de se mouvoir dans un dessin, un celluloïd ou une
peinture.
Une volonté qui se traduit à l'écran au
travers des multiples références à la
pop-culture et au procédé de 2D ½ selon
le concepteur des effets spéciaux John Gaeta mais qui a en
fait tout à voir avec le
« superflat ».
Un mouvement d'art contemporain influencé par l'animé
et le manga qui vise à analyser la culture japonaise
à travers la sous-culture dite « otaku ». Cette
dernière émergeant au sortir de la seconde guerre
mondiale en absorbant la culture occidentale et plus
particulièrement américaine.
« Superflat » signifie en anglais «
super plat » et se réfère à diverses
formes aplaties de l'art graphique japonais ainsi qu'à la
superficialité de la culture consumériste japonaise.
Ce que le film expérimente en abolissant toute profondeur de
champ.
Takashi Murakami est considéré comme le chef de file
de ce mouvement. Il cristallise dans ses œuvres et ses
projets, la nouvelle subculture de Tokyo. Il est le
représentant d’une génération
imprégnée de l’imaginaire des mangas et des
otakus.
Il réfléchit particulièrement aux
scénographies pour que « le public ait l'impression
d'être entouré par une multitude de caméras,
même s'il se trouve en face d'une seule et même image
». Soit exactement le procédé technique
utilisé par Gaeta et son équipe.
Une de ses adeptes est Chiho Aoshima, dont les peintures qu'elle
peignit dans le métro japonais ont été
reprises pour figurer la ville où siège la firme
Royalton.
Saturé de références artistiques et cinéphiliques, Speed racer n'en demeure pas moins l'expression ultime d'un cinéma total, entièrement voué à propulser ses spectateurs dans un monde fantasmagorique où ne compte plus que la résonance intérieure. Une quête spirituelle que les Wachos poursuivent en convoquant le précurseur de l'art abstrait, le peintre Vassili Kandinski.
Du spirituel dans l'art et dans le cinéma des Wachowski en particulier
Peintre mais aussi théoricien de son art,
lorsque l'on étudie ses oeuvres et plus encore ses
écrits, il apparaît que les Wachowski se sont
appliqués à retranscrire ses théories et son
engagement.
Ainsi, pour Kandinski, l'art peut être aussi l'expression
directe du monde intérieur de l'individu, et il vient
à considérer que la peinture peut s'affranchir des
formes et s'exprimer dans la seule dimension du trait, de la tache
et de la couleur et qu'il peut à partir de là tout
autant toucher l'âme de l'homme que la représentation
figurative.
Lorsque l’on regarde les couleurs sur la palette d’un peintre, un double effet se produit : un effet purement physique de l’œil charmé par la beauté des couleurs tout d’abord, qui provoque une impression de joie comme lorsque l’on mange une friandise. Et oui, le choix de couleurs « criardes » n'est pas du mauvais goût. De même que la séquence où Sprittle et son singe dévalisent le coffre à bonbons de Royalton n'offre pas seulement une respiration humoristique.
Mais cet effet peut être beaucoup plus profond et entraîner une émotion et une vibration de l’âme, ou une résonance intérieure qui est un effet purement spirituel par lequel la couleur atteint l’âme. Ce que Kandinsky appelle le « chœur des couleurs » devient de plus en plus éclatant, il se charge d’un pouvoir émotif et d’une signification cosmique intense.
Son premier grand ouvrage théorique sur l’art, intitulé Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier, paraît fin 1911. Il y expose sa vision personnelle de l’art dont la véritable mission est d’ordre spirituel, ainsi que sa théorie de l’effet psychologique des couleurs sur l’âme humaine et leur sonorité intérieure.
Ainsi le vert produit le calme (la mère de Speed est vêtue de vert lorsqu'elle le réconforte après la mort de son frère), Le rouge est une couleur chaude très vivante, vive et agitée, il possède une force immense, il est un mouvement en soi (le rouge caractérise le famille Racer, mobilier, uniformes, atelier), le violet est un rouge refroidi qui confine à l'immobilité (Couleur caractérisant Royalton, il en est vêtu et l'enjeu pour lui est de faire revêtir un costume violet à Speed, signe de son contrôle sur lui) et ainsi de suite.
Enfin, le grand final paroxystique et orgiaque, le Grand Prix définitif qui consacre Speed moins comme le vainqueur que comme l'artiste transcendant son art, est l'exacte illustration de peintures où de « grandes masses colorées très expressives évoluent indépendamment des formes et des lignes qui ne servent plus à les délimiter ou à les mettre en valeur mais qui se combinent avec elles, se superposent et se chevauchent de façon très libre pour former des toiles d’une force extraordinaire. » Le déferlement de couleurs fusionnant avec la structure du circuit dans un crescendo accentué par la musique, provoque une sensation ultime d’apaisement et de plaisir. Une expérience rare à vivre en salles.
Reprenant à leur compte diverses influences tant artistiques que cinématographiques, cinéphiliques ou geek, les Wachowski livrent encore une fois un film irrévérencieux puisque allant à l'encontre du formatage formel habituel. Toujours animés par la même démarche de proposer un divertissement en appelant à la fois à l'intelligence et la sensibilité des spectateurs, les deux natifs de Chicago demeurent inexplicablement boudés par la critique et le public (voir les résultats catastrophiques du box-office mondial). S’exposant comme jamais, les Wachowski auront pris en pleine gueule le refus de leur jusqu’au boutisme et leur avant-gardisme. Œuvre magnifique et exigeante pour les neurones et les sens, SPEED RACER est un véritable antidote au cynisme et aux films décérébrés que l’on nous vend à longueur d’année. En plus d'être un putain de chef-d'oeuvre incompris !
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