Accueil Date de création : 30/12/07 Dernière mise à jour : 11/11/08 15:47 / 25 articles publiés
 

DVD

A l'intérieur  (DVD) posté le dimanche 10 février 2008 10:53

Première réalisation de Julien Maury et d’Alexandre Bustillo et déjà une vraie réussite. Pourtant, c’était loin d’être gagné. D’une part parce que venant du milieu de la critique (pour le sieur la bustille), l’envie d’utiliser un max de références peut s’avérer futile et handicapant pour l’histoire elle-même (cf Christophe ans, Doug Headline). D’autre part parce que arriver  à financer un pur film d’horreur en France tient vraiment de la gageure. Toujours considéré (à tort) comme un genre mineur, le film de trouille peine à séduire les critiques recherchant à justifier leur plaisir par un discours méta-textuel sur la nature humaine, la société ou le genre lui-même, comme les spectateurs blasés par des purges comme les B-movies (sauf Maléfique) ou les ratés « Promenons-nous dans les bois » ou « Ils » (mais pas inintéressants visuellement).

Le film existe aussi grâce au succès rencontré par Alexandre Aja (« Haute tension ») ici ou outre-atlantique (« la colline a des yeux ») et à toute une frange de nouveaux venus nourris depuis l’enfance aux films de genres (horreur, mais aussi polar, fantastique, kung-fu, etc) et qui parviennent à s’installer dans le paysage (Florent Emilio Siri, Gans, Koonen,  Xavier Gens et bientôt peut être Yannick Dahan et sa "Horde" ).
En l’occurrence « A l’intérieur » a-t-il sa place aux côtés de ses illustres prédécesseurs ?
Grand dieux, oui !!

Porté par l’enthousiasme indéfectible de ses deux réalisateurs, le film s’appuie sur les performances magistrales d’Allison Paradis (la sœur de qui vous savez) et surtout une Béatrice Dalle transfigurée. Histoire minimaliste – une jeune femme (Paradis) à la veille d’accoucher est harcelée par une femme en noir (Dalle) qui veut lui prendre son enfant à naître à même le ventre – unités de temps et de lieu (une seule nuit dans la maison de la victime), bref tous les ingrédients pour faire un huis-clos étouffant au possible. Nous sommes loin du climat de paranoïa qui baignait le dernier film de Friedkin « Bug ». Ici, c’est un affrontement violent, sans concession. Les autres personnages intervenant (la mère, l’ami, les flics) ne sont que des prétextes pour des scènes de meurtres. Mais alors quelles scènes ! Car pour bien nous montrer de quoi est capable cette femme en noir, le hors-champ est proscrit et c’est avec rage et détermination qu’elle poursuit son but ultime.

Mais attention, ce n’est pas du gore jouissif comme « Brain dead » où on se marre et applaudit aux exploits sanguinolents. Non, là on craint vraiment pour la vie de l’héroïne. Et ce jeu du chat et de la souris est magnifié par une photo de toute beauté et un travail remarquable sur les ombres et l’obscurité,  accroissant un climat déjà oppressant.

Si le film est parsemé de références (figure du vampire, Halloween, le giallo….), elles ne le parasitent jamais et s’intègrent parfaitement à l’intrigue. Point faible, le fait d’utiliser les émeutes en banlieue fin 2005 comme contexte socio-politique. Un  climat déliquescent et de violence comme justification aux actes de cette femme ? Dans tous les cas, cette assertion sera contredite pat la « révélation » finale. Surtout, cette datation enlève tout caractère intemporel au métrage. Du moins au début. Car une fois la traque lancée, on oublie vite ce qui peut se passer à l’extérieur.

Il faut voir Béatrice Dalle bouffer l’écran ! Une présence incroyable mais qui n’éclipse pourtant pas celle de Paradis qui nous évite le traditionnel registre de la scream-queen. Elle souffre presque en silence, de sorte que lorsque les coups reçus lui arrachent des cris, on est vraiment pris aux tripes.

La grande réussite du film, outre de nous présenter des sévices toujours plus « raffinés » (de la tentative d’éventration au ciseau on passe à l’aiguille à tricoter !) est d’être en perpétuelle évolution narrative. Ça commence comme un film d’assaut, on poursuit dans le survival domestique pour petit à petit basculer vers l’abstraction et le conte onirique. Pour s’achèver dans le cauchemar le plus noir.

 
Alors, ne boudons pas notre plaisir. Certes, ce n’est pas ce film qui va révolutionner le genre ou qui lui apporte une certaine réfléxivité mais bordel, à l’heure actuelle, trouvez-moi un petit film aussi radical et viscéral ?
Et puis, rien que pour Béatrice Dalle et la virtuosité pour filmer la mort, ce film mérite le détour. En tous cas, il ne mérite vraiment pas les commentaires de critiques n’ayant vu que débauche de sang ridicule et vaine, ou pire un bon gros Z de samedi soir. Ceux-là n’y connaissent vraiment rien en film de genres.

Les mêmes conspuant le remuant  « Frontières » de Xavier Gens (survival campagnard où une bande de voyous des cités se retrouve séquestrés en pleine cambrousse par une famille de nazis cannibales !!!).
« A l’intérieur » est un grand petit film. Et des petits films comme ça, j’en veux toutes les semaines !

 

Nicolas Zugasti 

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ELECTION I et II  (DVD) posté le mercredi 16 janvier 2008 13:16

Sous prétexte de redéfinir le genre du film de triades, Johnnnie TO livre une intéressante et étonnante réflexion sur le pouvoir. Car à l'instar de ses personnages soi-disant attachés aux traditions ancestrales pour les fouler du pied dans la minute suivante, Johnnie TO dynamite l'image de ces chefs de clan plus attachés à préserver leur domination qu'à un sacro-saint code d'honneur.


The milky way

Réalisateur insaisissable, travaillant sur plusieurs films au cours de l'année, sans que l'on puisse jamais connaître sa véritable implication, grâce au studio qu'il a fondé – Milky Way-, Johnnie To peut ainsi donner libre cours à son inspiration. Qu'il soit crédité comme « simple producteur » (bien que s'appropriant la « paternité » visuelle de certaines prod.) ou comme réalisateur (de plus en plus souvent en compagnie de quelqu'un d'autre), il a marqué de son empreinte la production de l'ancienne colonie britannique, parvenant en quelques années a monter une véritable usine à polars fonctionnant sur des codes désormais bien établis. Des oeuvres telles que « Running out of time », « the longest nite », « The mission », « Breaking news » ou « PTU » (liste vraiment loin d'être exhaustive !) permettant d'établir un mode d'emploi de son cinéma.

En plus de la comédie (élément fédérateur au niveau local), To injecte toujours une solide dose de mélodrame à ses polars, ceux-ci pouvant être autant définis par une intrigue policière forte que par les tourments émotionnels de ses personnages. Même si certains de ses films ont une trame minimaliste, ce qui caractérise réellement son cinéma est l'observation de l'évolution d'un petit groupe d'hommes aux méthodes viriles autant que par l’infantilisme affiché par nombre de ses personnages, ceux-ci passant le plus clair de leur temps à « jouer ». Un jeu qui se retrouve bien évidemment dans la mise en scène de TO, virtuose et esthétique au possible.

S'il est une véritable constante, c'est que ce réalisateur atypique alterne les productions rentables afin de financer des projets plus personnels et aboutis.


Le cinéma des triades

Et en matière de film personnel, le diptyque Election 1 et 2 se pose là. Car la plupart des caractéristiques de son style sont ici sinon absentes, du moins en sourdine. Car plus qu'une histoire policière ludique, Johnnie TO aborde le genre des films de triades avec sérieux et intelligence, parvenant à souligner les contradictions de ces triades attachées à des valeurs et rites ancestraux mais seulement en tant qu'héritage culturel à respecter pour la forme et plus du tout comme référentiel et factuel de ces organisations criminelles.

A l'origine, c'est au début de la dynastie Mandchou (XVII ème siècle) que naissent de nombreuses sociétés secrètes afin de lutter contre l'oppression impériale. La plus connue étant la Tiandihui, une association fraternelle qui veille au bien être de ses proches et à l'équilibre social d'un milieu fragile, notamment par l'alimentation d'une caisse commune destinée aux mariages et funérailles de la paysannerie chinoise. Mais les notables villageois dénoncent les dérives mafieuses : extorsion de fond et renvoi des immigrés vers leur terre d'origine (entre 4 planches !) s'ils refusent de cotiser à la caisse commune. Les siècles passent et les activités violentes de Tiandihui s'intensifient, l'organisation changeant de nom pour celui de triades.

De fait, les triades s'intéressent bien vite à l'industrie cinématographique locale et les films les mettant en scène seront rarement critiques. Petit à petit les films se font plus réalistes jusqu'à les présenter de manière extrêmement défavorable. Une dérive qui va faire sombrer l'image des triades dans la caricature. Jusqu'à « The Club » (1981 – Che-Kirk WONG) qui met l'accent sur un traitement plus authentique dans la représentation de leurs activités pour arriver au final à les présenter comme un groupe d'individus versatile et opportuniste qui n'a que faire du code d'honneur quand des intérêts financiers et territoriaux sont en jeu. Ce film a fait l'unanimité aussi bien du côté des triades que des forces de l'ordre.

Puis vint « Le Syndicat du crime » (1986 – John WOO), succès qui fait apparaître les triades sous un jour plus glorieux et iconique que jamais, propulsant Chow Yun-Fat et Andy Lau au sommet et engendrant une flopée de films mythifiant l'image de ces gangsters honorables faisant des triades un symbole de glamour à la limite du fantasme adolescent.

Bien que certains films tentent de renverser la tendance ; comme « School on fire » (Ringo LAM) et « Gangs » (Lawrence Ah-Mon) de 1988, traitant de l'infiltration des triades en milieu scolaire pour trouver de la chair fraîche ; le genre continue à se vulgariser à outrance et tombe progressivement dans la médiocrité et le manque d'inspiration flagrant.


La démocratie du crime

Jusqu'à Johnnie TO. Mais plutôt que de reprendre les codes inhérents au genre pour les ressusciter, il va plus loin en faisant une véritable fresque politique sur l'impossibilité pour Hongkong (et par extension la Chine) de devenir une puissance démocratique à part entière.

Bien sûr, TO nous livre tout de même des grands moments d'action teintés d'humour burlesque (pour s'en convaincre voir une bonne partie du 1er où tout le monde tente de s'emparer du sceptre, symbole de la reconnaissance et de l'autorité du nouvel élu en tant que chef, celui-ci passant de main en main de manière tantôt brutale ou amusante), mais aussi des mises à mort aussi brutales qu’imprévisibles et glauques. Car cette fois-ci les personnages ont des motivations autrement plus sérieuses, la conquête du pouvoir.

Et ce n'est pas un hasard si le diptyque de Johnnie TO encadre la rétrocession de HK à la Chine. L'île étant en plein marasme culturel et politique, la fin de l'occupation britannique les laissant dans l'expectative, au bord du chaos (comme admirablement montré par Tsui HARK dans « The Blade » et « Time and Tide » notamment).

La triade ici considérée a la particularité d’opérer à des élections pour désigner leur représentant, le « délégué ». Un désir démocratique perturbé par le recours à des rites anciens à valeur symbolique certes mais auxquels ils restent très attachés puisque constitutifs de leur organisation. Là se pose la question du poids des traditions dans toute construction politique et la difficulté de s'en affranchir.

Mais surtout, ces élections sont entachées par le clientélisme, les pots de vins et l'influence lorsqu'il s'agit d'acheter les voix décisives. Une digne représentation du système à l’œuvre dans nos démocraties ?

Et si finalement c'est Lok qui est élu, les « oncles » le considérant comme le garant de leurs valeurs, il s'avère in fine aussi avide de pouvoir et impitoyable sinon plus que son concurrent, Big D.

L'attitude de Lok dans sa manière de se débarrasser de ses adversaires renvoie à la façon dont Kinji FUKASAKU dépeignait les yakuzas japonais dans des films aux titres aussi explicites que « Combats sans code d'honneur » ou « Le cimetière de la morale ». Alors que les membres de la triade font tout pour éviter une guerre des gangs en recourant à la conciliation et la concession, finalement le nouvel élu va résoudre le problème à sa façon. Le changement s'opérant de manière brutale, par un effet de montage et non pas par l'image. Après avoir tenté de désamorcer tout conflit les trois quart du métrage, on assiste in fine au retour à des méthodes plus expéditives.

Intéressante est justement la manière dont il tue. Pas d'emphase visuelle ou stylistique, restent les images brutes de mises à mort qui illustrent froidement combien il est long et difficile de tuer une personne.

Ainsi le premier Election voit des méthodes féodales se substituer finalement au jeu démocratique afin qu'un semblant d'unité persiste face à la menace de dissidence brandie par Big D. Le sort peu enviable qui lui est réservé pour conclure le film en dit long sur la prise en compte d'un désir d'émancipation. Bien qu'ici le désir de Big D était principalement motivé par la soif d'exercer lui-même un pouvoir total sur le clan et ses actions.

Le mandat du nouvel élu dure deux ans, soit le temps séparant l'action de Election 1 du deuxième. Cette fois-ci, on se retrouve après la rétrocession et on suit le parcours de Jimmy en rupture de ban qui tente de couper les ponts avec l'organisation en se livrant à des activités commerciales licites. Mais la Chine l'acceptera à la condition qu'il prenne le contrôle de la triade. Ainsi, l'accès au libéralisme économique est – il subordonné à la conservation et au maintien de méthodes barbares. Cet opus voyant l'ascension et la prise de pouvoir de la jeune garde incarnée ici par Jimmy qui supplante la vieille génération (Lok), ne s'embarrassant plus d'un héritage culturel ou d'un code d'honneur devenu désuet lorsque des intérêts économiques entrent en compte.


HK et reste du monde : même constat.

Un diptyque étonnant mais surtout impressionnant de la part de Johnnie TO car abordant frontalement, avec intelligence et virtuosité un sujet difficile, les perspectives d'avenir politique de la Chine, le tout via un genre jusque là moribond et ultra codifié, le film de triades. Car au-delà d'un fort contenu politique, TO renouvelle admirablement le film de mafieux. Ce que n'a pas su faire Scorcese avec le remake sans âme de « Infernal Affairs ».

Et au vu de cette oeuvre, l'émergence d'une conscience politique et d'un pouvoir démocratique semble peu envisageable.

Subsiste peut être un espoir incarné par la génération représentée par le fils de Lok, qui après avoir assisté à l'exécution de la fin du 1er film tentera dans le second de suivre l'exemple paternel en intégrant un gang. Mais alors qu'il choisi de tout abandonner par dégoût, il s'en ira vers un ailleurs (meilleur ?) jamais montré à l'écran.

Le plus terrifiant étant que ce que disent ces films de la société hongkongaise (et par conséquent chinoise) peut être rapporté à la logique capitaliste de l'ultra-libéralisme actuel qui phagocyte peu à peu les prérogatives politiques de nos démocraties.

La loi du plus fort étant érigée en tant que paradigme d'un système capitaliste. Ou quand la prédominance de méthodes et règles archaïques ne peut que porter préjudice à toute construction démocratique.

Nicolas ZUGASTI 

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A l'épreuve des critiques : Boulevard de la mort  (DVD) posté le vendredi 11 janvier 2008 22:52

Grindhouse se veut (et doit se vivre dans l'absolu) comme une expérience de cinéma typiquement américaine, soit deux séries B présentées en double-programme et caviardées de bandes-annonces détonantes.

Mais suite au four commercial outre-atlantique, ce programme est dédoublé pour une exploitation maximum perdant toute singularité. Pour faire passer la pillule les wenstein bros nous proposent des versions rallongées de « Death proof » et de « Planet terror » (les traductions enlevant un peu plus de charme à l'entreprise !).

Le projet Grindhouse tente de réactiver tout un pan du cinoche de drive-in : les films d'exploitation (sexploitation, blaxploitation, horror movies, rape and revenge,etc). Soit des bandes souvent fauchées et pas toujours très bien filmées ou montées mais dont l'esprit frondeur, les scripts bien barrés et la puissance d'évocation faisaient le bonheur des spectateurs des années 70.

Années fondatrices pour Tarantino, tous ses films étant clairement sous influence.

Pourtant, il est étranger à l'esprit des seventies. Son travail est très ludique mais aucunement engagé. Il n'est pas aussi radical envers un contexte socio-politique, menant plutôt sa révolte contre un cinéma auteurisant et s'exhibant comme de qualité. Sa lutte se meut en une réhabilitation du cinéma de genre. De tous les genres. Et surtout ceux sans aucune légitimité.

Aussi « death proof » doit être pris pour ce qu'il est - une énième déclaration d'amour à ces films aux situations les plus improbables – et pas comme une re-création artificielle et vaine.

D'autant que les anachronismes tels que l'utilisation d'un portable ou de sms s'intègrent naturellement à la fiction. Nous sommes bien en présence d'un film contemporain. Tout  le décorum (générique, grain, sautes de l'image, look général...) servant à identifier la référence aux seventies. Au delà d'un maniérisme envahissant, cet « habillage » renforce l'immersion du spectateur et d'apporter un regard rétrospectif. Tout en soulignant  que, finalement, les préoccupations des jeunes filles d'il y a trente ans sont identiques à celles d'aujourd'hui.

Une gent féminine seulement absente de son 1er film « Reservoir dogs » puisque toute sa filmo voit leur présence et leur importance croître.  « Death proof » étant le point d'orgue de cette déclaration d'amour. On ne peut le réduire au fétichisme affiché et assumé pour les pieds. D'ailleurs, il en joue énormément dans ce film (à la limite de la parodie). Il aime les femmes. Entièrement.

Ici, 8  femmes  sont à l'honneur. Magnifieés par des dialogues savoureux et jubilatoires et la caméra. Même dans la mort. Alors que les seuls mâles présents ne jouissent qu'en les tuant (Russel) ou ne pensent qu'à les abreuver de « pina culada » (Eli Roth).

Rectification. Pas de femmes dans « Réservoir dogs » ? Physiquement c'est sûr. Mais n'oublions pas que la 1ère scène de ces gangsters  les voit discuter dans un café de la signification profonde du hit de Madonna « Like a virgin » ! Une vraie conversation de filles. Juste retour des choses, dans « Death proof » elles parlent et se comportent comme des mecs. Ultime mise en abyme, elles ont droit également à leur séquence dans un coffee-shop où les digressions se portent sur le film « Point limite zéro » de Richard Sarafian.

Une référence qui habite et parcourt tout le film et surtout la seconde partie. Tout comme son modèle, au-delà du concept basique du road-movie se bornant à décrire une trajectoire rectiligne, le film épouse le parcours intime des protagonistes.

Dans « Vanishing point » cela s'apparentait à un retour sur le passé de Kowalski (sa dodge blanche se volatise au profit de la voiture noire qu'elle vient de croiser) alors qu'ici on repart de la situation de base afin d'en mesurer l'évolution (la 1ère partie se voit re-doublée dans la 2ème).

Si le film de Sarafian représente le point de disparition des illusions communautaires et des idéaux portés par les sixties, « Death proof »  figure la perte de l'innocence et la mort de l'amour idéalisé.

Le premier quatuor a beau faire, se sont de vraies midinettes croyant encore en un romantisme suranné. La tendance s'inverse par la suite puisque malgré leur image d'écervelées, se seront les plus aptes à survivre.

Tarantino livre rien moins que l'ultime film  féministe. Certains y voient plutôt la concrétisation de son désir de faire un slasher. Rien n'est plus faux. Si Stuntman Mike s'apparente à un tueur en série (la voiture remplaçant l'arme blanche), il incarne plutôt une misogynie délétère.

Alors oui, Tarantino ne peut se réclamer totalement de l'esprit 70's, les conditions sociales et politiques sont complètement différentes. Les films de cette décennie se basaient sur une violence réaliste, sur le refus de l'autorité et l'affirmation de l'individu.

Des années 70 considérées comme dernier âge d'or du cinéma américain et modèle à reprendre. Se définir par rapport à cette décennie glorieuse est symptomatique de la main mise actuelle des studios sur le processus créatif. La référence constante chez de nombreux cinéastes (Soderbergh, Aja, Tarantino donc....) témoigne de leur désir de réappropriation et de faire des films adultes menés par les personnages et le scénario.

Si la plupart du temps cette référence relève d'une argumentation marketing (cf tous les remakes décérébrés de classiques du genre comme Zombie, Texas chainsaw massacre,etc), la démarche de Tarantino demeure d'une sincérité et d'une intégrité touchante. En se réappropriant les codes inhérents aux genres, en s'en amusant, en les détournant, il enrichit à la fois son cinéma et notre contre-culture.

Une belle preuve d'altruisme de la part de quelqu'un habitué à voir son oeuvre décortiquée et scrutée par les critiques. Remercions le d'aimer et de connaître ces films mieux que quiconque. Et tant pis pour les exégètes bornés et réducteurs qui ne veulent voir que roublardise et recyclage au lieu du travail d'un vrai passionné.

Avec « Death proof », il opère une synthèse de son oeuvre (thématiquement et visuellement), mettant un terme (provisoire ?) à son exploration de la psyché féminine. Dorénavant, il peut s'atteler à celle masculine comme semble l'attester son prochain projet au titre sans équivoque : « Inglorious bastards » !

Nicolas ZUGASTI 

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Révision à la baisse : Live free or Die hard  (DVD) posté le vendredi 04 janvier 2008 16:16

John Mc Clane est de retour ! 12 après sa dernière apparition sous l’égide de John Mc Tiernan, il revient enfin. Las, ce n’est pas Mc T . qui s’en charge mais Len Wiseman. Les deux Underworld sont certes très réussis visuellement mais on ne peut pas dire que l’intéressé ait pour le moment réussi à imposer une vision et un univers à la fois personnel et original. Mais bon, tout le monde ne peut avoir l’étoffe d’un génie cinématographique. Le bonhomme a un certain talent, pas de doute. Outre l’évidente opération commerciale que représente ce retour inespéré, il est intéressant de noter qu’il participe du revival généralisé des grandes figures héroïques des années 80 (Rocky Balboa l’année dernière et Rambo IV en 2008). Et alors que la démarche de Stalone , au-delà d’une énième tentative de relance de sa carrière, apparaissait sincère et humble de livrer un dernier chapitre à un personnage devenu maintenant mythique, le retour de Mc Clane suscite des interrogations. Mais d’abord, a-t-on eu droit à du grand spectacle ? Sans retenue, la réponse est bien évidemment oui. Mais en a-t-on eu du bon ? Et là, ça coince un peu. Pour illustrer un pitch aussi délirant que débile (comme tous ceux de la saga, d’ailleurs) ; une organisation « terroriste » dirigée par un super-patriote se charge de montrer à l’Amérique les failles de son système de protection et de sécurisation en prenant le contrôle du pays par le biais d’une gigantesque OPA ; nous avons droit à des scènes d’action vraiment hénaurmes. Le terrain de jeu ayant cette fois les limites de plusieurs états, nous assistons médusés à un incroyable accident de la circulation dans le pont reliant New-York et le New-Jersey, l’explosion d’une raffinerie de gaz naturel ou encore la destruction d’une autoroute à plusieurs niveaux lors de la poursuite d’un semi-remorque par un avion de chasse ! Tandis que Mc Tiernan utilisait la structure d’un film d’action pour en redéfinir le concept, redonner toute son importance aux véritables héros, ces hommes de la rue dont Mc Clane est à la fois le digne représentant et un modèle indépassable, tout en questionnant et travaillant son statut d’icône, Wiseman se contente de fournir le lot attendu de péripéties toujours plus spectaculaires. C’est bien beau d’utiliser les gimmicks de la saga (Yipikaye, Mc Clane seul contre tous, le duel final, l’objectif dissimulé des « terroriste », les relations conflictuelles avec sa femme/sa fille ici, etc) mais c’est méconnaître et surtout faire injure au véritable apport de Mc T à cette franchise. Dans son entreprise d’en faire toujours plus, « Die hard 4 » se rapproche du deuxième épisode tourné par Renny Harlin. Si « 58 minutes pour vivre » était un quasi remake de « piège de cristal », « Die hard 4 » est le quasi remake du troisième opus. Les deux s’interrogent sur le buddy-movie, (genre emblématique du film d’action estampillé eighties depuis « 48 heures » ou « Lethal Weapon »). Là où Mc T en montrait les limites, Wiseman en utilise les ficelles les plus éculées. Cependant, le side-kick interprété par Justin Long est loin d’être inutile à l’intrigue. Bien que son jeune âge soit justifié afin que la jeune génération ne connaissant pas John Mc Clane (mais est-ce seulement possible ?) puisse s’identifier, il est là avant tout pour le guider au milieu de la technologie numérique et virtuelle qui régit son monde. Car Mc Clane est un être analogique. L’un des enjeux est donc son adaptabilité à son nouvel environnement. Après avoir contraint et marqué l’environnement physique des précédents opus, il doit ici passer l’épreuve du numérique. On ne peut pas dire qu’il en sorte indemne. Mais plus que des répercussions sur sa personne, c’est bien au niveau de sa représentation que l’icône du film d’action est bouleversée. Les effets numériques, par nature, lissent les images. Cette fois-ci, ils ont eu la peau de notre anti-conformiste préféré. Dans « Une journée en enfer » il coopérait déjà avec les forces de police et se pliait aux règles du jeu de Simon Gruber mais cela le conduisait dans une impasse (parfaitement rendue par l’épreuve de la fontaine) et précipitait le retour aux bonnes vieilles méthodes et le chaos (illustré par une caméra et une réalisation en roue libre). Dorénavant, le personnage lui-même est le garant de l’autorité (voir les remontrances de John au jeune hacker). Alors que précédemment la menace l’impliquait en premier lieu (sa femme étant prise en otage dans les 2 premiers, vendetta du frère Gruber dans le 3ème), cette fois-ci il se trouve juste « au mauvais endroit, au mauvais moment » (suivant le slogan de la campagne promo), n’agissant plus que pour correspondre à l’image de l’ultime cow-boy que sa popularité aura façonnée. Un manque d’enthousiasme patent que révèle son assertion qu’il faut bien que quelqu’un fasse le job. Les années et surtout les exécutifs ont eu raison de la « bad-mother-fucker » attitude de Mc Clane. Toute la force du personnage tenait à sa capacité de se transcender face à un danger l’impliquant personnellement et donc émotionnellement. Et c’est pour corriger cette erreur que les costard-cravates d’hollywood ont orchestrés l’enlèvement de sa fille en milieu de film. Complètement artificiel, il ne fait qu’ajouter à notre déception. Oubliant d’impliquer émotionnellement le spectateur, le film tente d’imprimer un rythme trépidant balisé par des scènes d’actions toujours plus incroyables. D’accord, il en prend plein la gueule. Certes, il a encore plus de stigmates qu’avant. Oui, il est précipité dans des situations toujours plus désespérées. Cependant, l’essence même du personnage est pervertie. La faute à des scènes d’action bien filmées mais sans âme, le charisme défaillant du bad-guy (malgré les efforts louables de Timothy Oliphant) et un duel final trop vite expédié, trop bavard et singeant de manière désolante celui du 1er. Pire, le costume du héros est carrément passé à la trappe ! Mais où est son « marcel » désormais emblématique ? Voulant relancer la franchise en la façonnant de telle sorte à attirer la jeune génération tout en essayant de contenter les fans de la première heure, le film s’avère un bon gros actionner très divertissant mais un piètre « Die hard ». A l’image de l’environnement numérique de ce 4ème épisode (tant esthétique que narratif), la franchise et le personnage sont sous respiration artificielle. Tant qu’ils ne tombent pas dans un coma avancé, l’espoir demeure.

 

Nicolas ZUGASTI 

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Un classique hautement indispensable : "Children of men" d'A. Cuaron  (DVD) posté le dimanche 30 décembre 2007 20:11

« Les fils de l’homme » est un grand film, passé honteusement inaperçu lors de sa sortie en salles. Noël approchant, c’est loccasion de le réhabiliter en achetant le dvd en masse.

 

Alfonso Cuaron le réalisateur, avant ce film, peut s’enorgueillir d’avoir livrer l’épisode le plus sombre et passionnant de la saga Harry Potter. Parvenant à inculquer une vision personnelle à une série complètement sclérosée par le manque d’ambition, l’absence de prise de risque de réalisateurs entièrement dévoués au respect servile et confortable d’un best-seller mondial.

Ici, il s’attache à un film plus modeste. En termes budgétaires s’entend. Car en termes narratif et thématique, il sort clairement du lot.

 

Les fils de l’homme est un film de S.F d’anticipation mais le futur qu’il décrit n’a rien d’apocalyptique comme celui de Mad Max, de loufoque comme Retour vers le futur, ou encore d’infantile et merveilleux comme Star Wars. Soit une dystopie d’autant plus inquiétante que le film dépeint un futur tout à fait crédible.

Mis à part la situation de départ, la stérilité comme pandémie de toute une civilisation appelée à disparaître faute de descendant, la situation géopolitique est à peine exagérée. De telle sorte que la vision de réfugiés clandestins parqués dans des cages géantes, en adéquation avec cette société futuriste au bord du chaos, amène à s’interroger sur le sort réservé aux réfugiés contemporains qui sont maltraités, déboutés de droit d’asile, enfermés dans des camps (pour des populations d’Afrique) ou soumis à des tests ADN et des mesures restrictives humiliantes et racistes.

 

Le but premier était vraiment de s’interroger sur l’état actuel du monde coincé entre répression des minorités et montée des intégrismes. D’ailleurs, le fait que le film se déroule en 2027, soit à peine 20 ans dans le futur corrobore l’orientation d’être aussi authentique que possible.

Et puis d’emblée, on est immergé dans la fiction. A partir du moment où on suit les premiers pas de Clive Owen (toujours aussi bon) dans ce café et qu’après en être sorti, celui-ci explose peu de temps après en arrière plan, on sera toujours aux côtés du personnage. La caméra épousera chacun de ses mouvements. Au début des travellings latéraux calmes et tranquilles quand il déambule dans la cité, puis des mouvements saccadés et des décadrages sauvages dès qu’il est exposé à une fusillade et qu’il tente d’y échapper.

De même, dans le camp des rebelles, on apprendra en même temps que lui qui étaient les véritables auteur de l’attaque qui a coûté la vie à sa bien-aimé et le véritable objectif qu’ils poursuivent en tentant de préserver la vie de la dernière femme enceinte. Nous n’avons aucun temps d’avance, aucun recul par rapport à la fiction. De telle sorte que l’on prend tout en pleine gueule et que la tension ne baisse jamais.

 

Ce qui est vraiment admirable dans ce film c’est que l’action est déterminée par des éléments narratifs purement émotionnels. Ce sont vraiment les sentiments des personnages qui les font avancer et les amène à prendre des décisions déterminantes par la suite.

Pour en revenir à la manière de filmer, ce qui est admirable c’est que cette caméra compose un véritable reportage de guerre. On se croirait dans un documentaire pris sur le vif. Et valeur ajoutée, on a pas droit au « hand-shaking » habituel, procédé qui pour figurer une action chaotique secoue la caméra dans tous les sens, de telle sorte que l’action devient incompréhensible !

 

Tout le monde s’est très justement extasié devant la virtuosité, la fluidité des plans séquences émaillant le film. Notamment lors de l’attaque de la voiture des héros traversant une forêt. Cette manière de filmer n’est jamais gratuite et ostentatoire. Cuaron n’est pas du genre à produire ce genre d’effet juste pour épater la galerie. Non, c’est bien dans le but de donner une réelle unité à l’action filmée pour souligner par contraste le chaos ambiant.

Et que ce soit dans cette séquence admirable ou durant tout le film, le but est clairement d’aboutir à la rencontre du premier plan avec l’arrière plan. Beaucoup de scènes impliquant Owen le montre au premier plan, impassible tandis que le second plan explose -la scène inaugurale du café - ou s’anime - la scène presque onirique où suivant une biche dans les travées d’une école délabrée, il voit à travers une fenêtre brisée la jeune femme enceinte, dernier espoir de l’humanité, faire de la balançoire. Subtilement, Cuaron figure que tout l’enjeu est dans la réunion de ces deux mondes « parallèles ».

 

Qui dit film de S.F dit effets spéciaux. Aussi invisibles soient-ils, le film en est pourtant truffé. Mais une fois encore pas d’esbroufe visuelle. De simples modifications de décor, ou des rajouts d’explosions cela reste de petites touches qui permettent de crédibiliser un peu plus les lieux d’action et donc l’histoire. Surtout, il faut tout de même savoir que lors de la scène d’accouchement, le bébé est entièrement généré par ordinateur ! La tension et le jeu des acteurs sont tels qu’on ne se rend compte de rien. Encore une preuve irrémédiable que tous les effets sont au service du récit.

 

Si la trame narrative n’a rien d’originale, en d’autres mains elle aurait été réduite à sa plus simple expression afin de laisser libre cours à l’action. Soit ce que ce cher Michael Bay réussi parfaitement à faire avec « The island ».

Mais Alfonso Cuaron a su transcender son matériau de base pour faire un film formellement abouti et émotionnellement très riche. Assurément un des films de 2006 et qui deviendra au fil du temps une véritable référence en la matière.

 

Nicolas ZUGASTI 

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